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| Phopto Adamante Donsimoni |
Une patience de rouille
Sur l'île de Pâques, ce sont les Moai, ses gardiens qui, côte à côte, dressés en haut de la falaise, face à la mer, surveillent l’horizon de leurs yeux éteints. Il semble qu’à l’époque de leur création, ces yeux-là étaient fait de corail blanc avec un iris rouge ou noir, ils exprimaient l’âme et le pouvoir des ancêtres. Comme ce devait être impressionnant pour les marins apercevant la côte, de jour comme de nuit.
Ici*, au bord de cette plage désertée par le soleil, ce sont de curieux félins qui contemplent la ligne d’horizon. Elle s’étire entre le bleu du ciel et le gris-vert de l’eau.
À la contemplation des grands espaces tant espérés que l’on doute pourtant pouvoir jamais atteindre, elle suscite en nous un sentiment particulier de solitude teintée de nostalgie.
Les vagues abandonnent leurs histoires de naufrages, d’abysses et d’infini
aux rouleaux têtus s’évertuant à vouloir grignoter toujours plus le sable de la plage.
Cette monotonie plonge l’observateur dans un état second, hypnotique, où il s’oublie. Quand ainsi le rythme se ralentit, que l’esprit n’a plus aucun repère, ni de début ni de fin, il s’anéantit dans cette sorte d’hébétement que peut provoquer un mouvement perpétuel.
L’éternité... Cette muraille percée de trous, que l’air salé d’embruns a transformé en rouille, que pourrait-elle en dire ?
Ce drôle de mur de ferraille, sculpté avec talent par les éléments et le temps, provoque la notion de durée. L’éternité est un concept d’humain limité par la conscience de sa brièveté, une dimension impalpable qu’il ne peut concevoir que par le rêve, et s’y perdre.
Ce vestige, peut-être d’une coque de navire échoué sur la plage, me fait penser à un paravent de dentelle. Un ouvrage soucieux de ne point trop occulter la vue afin de bien marquer l’idée de cet inaccessible infini que tout ici honore.
* Belle Île en Mer
Adamante Donsimoni - 9 octobre 2026
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👀 Et si cela vous intéresse, voici quelques explications au sujet des Moai cités dans ce texte, où l'esprit voyage de l'Atlantique au Pacifique, d'une coque rouillée à des orbites aujourd'hui vides, une contemplation très intérieure des grands espaces.
L'Ile de Pâques et ses Moai.
Une île autour de laquelle les vagues se déchirent sur des rochers bien peu amènes qui devaient être crains par les navires. Une île que que j'ai eu la chance de visiter et que l'on connait surtout par ses Moai, ces statues impressionnantes qui dominent la mer.
Plusieurs chercheurs ont produit des illustrations des Moai -avec leurs yeux- (Ce détail est important car les Moai n'ont plus ces yeux, ils ont été perdus). Si ces Moai sont impressionnants par leur taille ils devaient l'être encore plus avec leurs yeux.
Je vous mets quelques liens, si vous souhaitez en savoir un peu plus sur eux. AD
👀Les yeux des moai rituel et signification
(Voici le résultat de ma demande via l'IA du navigateur Brave, avec les sources citées et les liens)
"L'installation des yeux constituait le moment rituel le plus sacré, marquant le passage de la statue d'une simple sculpture à un être vivant, appelé ariŋa ora (visage vivant). Cette cérémonie activait le mana, la force spirituelle protectrice censée veiller sur la tribu et lui porter bonheur.
Les yeux étaient composés d'un globe en corail blanc et d'un iris en obsidienne noire ou en tuf volcanique rouge. Ils n'étaient placés dans les orbites qu'une fois la statue érigée sur son ahu, car leur absence pendant le transport indiquait que la statue était encore "endormie" et dépourvue de pouvoir.
La cérémonie de la pose des yeux était conduite par les ariki (grands chefs nobles) et les prêtres (officiants du culte) du clan, seuls détenteurs du mana nécessaire pour activer spirituellement la statue. Il ne s'agissait pas d'un acte individuel mais d'un rituel collectif du clan : selon les témoignages, les hommes formaient une échelle humaine pour atteindre les orbites du moai et y insérer les yeux de corail.
Dans la société pré-européenne, chaque clan (iwi) possédait ses ariki et ses officiants religieux qui géraient les cérémonies sur les ahu. La pose des yeux tombait donc sous leur autorité exclusive, car c'est le moment où le mana de l'ancêtre était censé se déverser sur la communauté — un acte trop puissant pour être laissé à n'importe qui.
À noter : en 2012, lors de l'arrivée de deux embarcations polynésiennes traditionnelles, un groupe d'habitants a de nouveau utilisé des yeux de corail sur un moai de l'Ahu Nau Nau à Anakena pour que les ancêtres « assistent » à l'événement, perpétuant ainsi le rituel."
* Symbolique : Les yeux représentaient l'âme de l'ancêtre personnifié dans le monolithe.
* Fonction : Ils permettaient à l'ancêtre de regarder vers l'intérieur de l'île (vers les vivants) et le ciel, exerçant son pouvoir protecteur.
* Destruction : Briser les yeux lors des conflits tribaux visait à désactiver le mana de l'adversaire, privant ainsi ses ancêtres de leur protection.
Aujourd'hui, il ne subsiste qu'un seul moai (sur l'ahu Ko Te Riku) ayant conservé ses yeux d'origine ou restaurés de manière symbolique.
ci-dessous une reconstitution d'un moai (suivre le lien)
https://moevarua.com/en/the-eye-of-the-moai-2/
Une autre de nuit
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D'autres liens
https://www.eisp.org/5448/#more-5448
https://moevarua.com/en/the-eye-of-the-moai/
https://www.eisp.org



Bonsoir Adamante, bien joli regard sur cette épave dont la rouille se charge de faire lentement disparaître, merci pour le tout, amitiés jill
RépondreSupprimerMerci, Jill, un regard sur la mer dont nous venons, et qui berce ou tempête encore et encore nos mémoires dans ses flux et reflux.
Supprimer"Une patience de rouille" et tout le fil d'une histoire qui se raconte inlassablement pour ne pas oublier, le vent et le temps comme messagers... Conter l'île de Pâques...
RépondreSupprimerOui, une patience d'eau et de sel, qui nous compose et nous transforme lorsque l'on a la chance de durer un peu.
SupprimerEntre vestige et éternité
RépondreSupprimerle vertige de l’instant
Merci Adamante !
Vertige, le mot est parfaitement juste quand il s'agit de l'instant. Merci, Mona.
SupprimerDes lieux inspirés er inspirants, la mer a su évider, denteler cette coque, pour effacer la tragédie passée peut-être ? Belle semaine Adamante, tout devient poésie à un certain moment... brigitte
RépondreSupprimerC'est exact, tout devient poésie car la vie est poésie et s'exprime en toutes circonstances lorsque l'on reste à l'écoute. Joli site,
SupprimerBrigitte, j'ai aimé y faire un tour et j'y retournerai.
" Une patience de rouille ", mais ici malgré l'érosion elle offre une certaine beauté à cette épave qui semble sortie de la mer pour nous offrir " ce paravent de dentelle " !
RépondreSupprimerUne très belle photo, si inspirante, merci Adamante du partage.
Ce fut un tellement grand plaisir que de découvrir tous les textes de cette page autour de cette photo. Merci à toi aussi.
SupprimerBonjour, Adamante!
RépondreSupprimerBeau titre évocateur, bel haïku et magnifique image "paravent de dentelle", j'ai beaucoup aimé! Un super billet d'interprétation pour cette image d'une grande beauté et humanité.
Amitiés
Claudie
Ma chère Adamante
RépondreSupprimerUne lecture envoûtante et méditative.
Tu nous entraînes avec délicatesse depuis les Moaï jusqu'à ces curieuses silhouettes de ferraille face au vide.
C'est magnifique de voir comment la nature sculpte l'éternité dans la rouille et les embruns.
Bravo pour ce récit magnifique et ces mots si justes !
Amicalement, Marie Sylvie
Bonjour Adamante,
RépondreSupprimerC'était un beau sujet proposé à nos muses.
J'ai apprécié ce que la tienne t'a inspirée. Quelle superbe idée que ta référence au Moai.
J'ai aimé ce voyage en ta compagnie et celle de ces dentelles de rouille.
Bien amicalement